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    La Villa Poiret – Château de Mézy

    Située à 40 km de Paris, près de Meulan, dominant la vallée de la Seine, cette superbe maison a été commandée par le couturier Paul Poiret, en 1924, à l’architecte Rob Mallet-Stevens.

    « Surfaces unies, arêtes vives, courbes nettes, matières polies, angles droits, clarté, ordre. C’est ma maison logique et géométrique de demain » disait-il.

    « La maison est sortie du sol comme une plante vivace par les soins du prestigieux architecte qu’est Mallet-Stevens. Elle était toute blanche, pure, majestueuse et un peu provocante, comme un lys. » (Mémoires de Paul Poiret).

    Malheureusement en 1925, un revers de fortune en interrompit les travaux au gros œuvre. Ruiné, Paul Poiret habitait la maison de gardien. Chef-d’œuvre inachevé, pendant près de treize ans, la carcasse de béton restera abandonnée aux intempéries avant d’être achetée en 1938, par une autre personnalité du Tout-Paris, la comédienne Elvire Popesco.

    L’histoire dit qu’elle connaissait le frère de Mallet-Stevens et a demandé à l’architecte de terminer la maison, ce qu’il refusa, probablement pour deux raisons : la raréfaction des matériaux et l’approche de la guerre qui allait mener Mallet-Stevens et sa femme juive, à se réfugier dans le Sud-Ouest de la France.

    Elvire Popesco fit alors appel à un autre architecte, Paul Boyer qui transforma la maison et en profita pour la remettre « au goût du jour ».

    villa-poiret-mezy-sur-seineElle était en forme de U, à l’intérieur duquel Mallet-Stevens avait conçu un cloître, qui permettait de rendre indépendants – de l’extérieur – le rez-de-chaussée et le 1er étage. Il avait imaginé un hall d’entrée très original à l’extérieur du U dans le plus grand volume. Paul Boyer en a fait un château traditionnel avec une cour intérieure et la possibilité pour les voitures de déposer les passagers et de faire demi-tour. À l’intérieur, la distribution a été corrigée dans une optique plus fonctionnelle ; les espaces ont été quelque peu appauvris, le hall en particulier où alcôves et balcon ont été supprimés. Les fenêtres jugées superflues ont été murées, les volumes rabotés, les auvents «  inutiles » ont été détruits, les portiques comblés, et l’ordonnance du patio supprimée. L’entrée se faisant désormais par une porte axiale ouverte dans un pan de mur concave, décollé de la paroi. Avec ses volumes plus compacts, ses hublots percés un peu partout, le bastingage de la plate-forme et le barreaudage horizontal des fenêtres, avec le prolongement du socle en arrondi, la maison pouvait passer pour un pur exemple du style paquebot, de rigueur au milieu des années 30.

    Elvire Popesco a vécu à Mézy jusqu’en 1985, année où la maison a été inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, comme œuvre de Mallet-Stevens.

    Dans les dernières années, elle y vient de moins en moins. Elle envisage de vendre et de faire un lotissement dans le parc. Sensible à l’architecture de Mallet-Stevens, le maire de Mézy, Dominique Barré (frère de François, devenu plus tard président de Beaubourg et de l’architecture en France) refuse d’accorder le permis de construire. D’autre part, Elvire Popesco était attachée à cette maison et chaque fois qu’un acheteur se présentait, la transaction ne se réalisait pas.

    Le premier qui réussit à l’acheter en 1988 est un marchand de biens, qui voulait faire construire 5 maisons dans le parc par le grand architecte Claude Parent.

    Il confie la plaquette de présentation du projet à l’agence de communication où travaillait Patrik Barret « À la demande du propriétaire, notre plus gros client, j’étais allé à Mézy avec Claude Parent (dans sa Rolls) qui devait régler un problème de chauffage. Du coup, mon patron m’a interdit d’y retourner : ce fut pour moi une chance incommensurable ! ».

    Pour réaliser cette plaquette, il a rencontré la fille de Paul Poiret et Jean Manusardi, le neveu de Mallet-Stevens « J’avais en face de moi un personnage extraordinaire de raffinement, qui avait vraiment connu l’architecte, dont toute la culture lui avait été transmise », ainsi que Elvire Popesco : « Elle m’avait reçu chez elle avenue Foch et m’avait dit « Que cherchez vous avec cette maison que j’ai reconstruite de mes mains ? »

    Ce marchand de biens aurait voulu vendre en état futur d’achèvement. À la différence du précédent projet rejeté par la mairie, les maisons auraient été édifiées de l’autre côté de la route, donc plus éloignées. Celle de Mallet-Stevens serait devenue une fondation culturelle, selon l’engagement de ce propriétaire. Etant lui-même d’un tempérament plutôt citadin, avec un associé peu favorable à ce projet, il mit la maison en vente et confia les visites à Patrik Barret les samedis et dimanches.

    Un jour de juin 1989 est arrivé un autre marchand de biens…

    Le premier rendez-vous était fixé sur place, à Mézy. La semaine suivante, deuxième visite. « Nous sommes partis dans sa grande voiture conduite par son chauffeur noir, en compagnie des architectes qui travaillaient dans sa maison du 7 rue Mallet-Stevens à Paris 16e. Lors d’une troisième visite, il a proposé de m’engager comme cadre responsable de cette villa, qu’il a acquise à l’automne 89 ».

    Dès 1990, il a effectué très peu de travaux à Mézy : peinture, remise en état des salles de bains… Il voulait « pouvoir y habiter » comme résidence secondaire, frustré de n’avoir pu vivre dans sa maison parisienne – elle aussi de l’architecte Rob Mallet-Stevens- où il avait entrepris des travaux pharaoniques.

    Quand il a vu le programme des 5 maisons, ils ont élaboré avec Claude Parent le projet de « La Confrontation de Mézy » qui eut lieu le 21 juin 1991 (voir lien ci-dessous)

    Après son décès, en novembre 1996, la maison est restée vide. Comme elle était détenue par une société, elle même détenue par une holding de droits étrangers, elle n’a pu être vendue tout de suite.

    Patrik Barret, qui ne travaillait plus pour lui depuis 1992, a été chargé par le gérant de la holding de dresser un inventaire.

    L’ancien maire de Mézy,Dominique Barré, et son frère François se sont rendus chez l’administrateur judiciaire chargé de la gestion des sociétés, lui expliquant l’intérêt architectural majeur de cette maison et lui faisant comprendre la nécessité de maintenir le contrat du couple de gardiens. La maison a donc été gardée et vendue aux enchères en 1999 à un couple qui l’a revendue en 2006 à son propriétaire actuel.

    « Folie des grandeurs à la Villa Poiret » dit Frédéric Edelman, journaliste spécialiste d’architecture dans un article du Monde le 21 avril 2012, à l’occasion d’une nouvelle mise en vente.

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