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    La Confrontation de Mézy

    En 1990, après avoir vu le programme des 5 maisons avec l’architecte Claude Parent envisagé par son prédécesseur de l’autre côté de la route départementale, le nouveau propriétaire de la Villa Poiret imagine avec ce même architectele projet de la Confrontation de Mézy.

    Entre temps, Patrik Barret qui avait travaillé sur la communication du programme et avait déjà rencontré l’architecte, est devenu un de ses collaborateurs. Une Sarl Confrontation de Mézy a été créée dont il était le gérant.

    Lors de leur première rencontre, « Est-ce justifié de construire 5 maisons en face de celle de Mallet-Stevens ? » interroge le propriétaire.

    « C’est comme si on demandait à un jeune peintre de se confronter à un tableau de Picasso » aurait répondu Claude Parent.

    DSC_1114Le propriétaire suggère alors de choisir un terrain proche mais plus éloigné et de faire 7 maisons avec 7 architectes ». Claude Parent trouve l’idée très motivante et à force de discussions, cela devient 17 maisons ! À 800m de la villa à vol d’oiseau, ils ont donc imaginé de faire construire 17 maisons par 17 architectes internationaux de renom, dans le cadre d’une confrontation avec Mallet-Stevens, Claude Parent étant architecte en chef.

    Ensuite, l’équipe s’est étoffée d’un professionnel de la communication, d’un grand journaliste spécialisé en architecture et d’une chef d’entreprise. À eux 5, ils ont dressé une liste : Jean Nouvel, Henri Ciriani et Christian de Portzmparc en France, en Autriche Hans Hollein et Coop Himmelbau, aux Pays-Bas Rem Kolhaas, en G-B, James Stirling et Norman Foster, aux USA, Frank Gehry et Richard Meier, Tada Ondo, Arata Yosaki pour le Japon, Rafael Moneo qui a refusé et Ricardo Bofill pour l’Espagne, le portugais Alvaro Silva, les Italiens Mario Botta, Renzo Piano…

    Chaque architecte avait reçu 3 consignes : une surface, une hauteur, et se confrontant à la maison de Mallet-Stevens tenter de donner des réponses aux problèmes du logement des années 90.

    Chacun d’eux a été reçu à dîner par les 5 organisateurs.

    « À partir du 2e ou 3e dîner, il m’a été demandé de venir, déguisé, accompagné d’un photographe qui à chaque fois immortalisait ces moments, pour jouerune petite scène selon un thème cher à l’architecte invité. Je suis donc arrivé en plombier au Jules Verne remettre à Arata Isosaki un morceau de titane, un étau, une lime et une question en japonais, Jean Nouvel avait dit que pour lui, rien n’était plus beau qu’une femme nue. Je suis donc venu avec une fille qui s’est déshabillée devant lui dans un restaurant de Montmartre. Une autre fois, je suis arrivé en parachutiste avec un vrai parachute, que j’ai remis à l’architecte, car il avait expliqué que l’architecture est un saut dans le vide, et a donc été invité à sauter… »

    Le 21 juin 1991, ont été réunis 14 architectes et ce fut une fête ininterrompue de gags..

    DSC_1110« Nous étions tous partis du Bristol. 14 des plus grands architectes mondiaux me suivaient en 4×4 de location. Nous sommes passés par l’avenue Charles de Gaulle, le Bd circulaire de la Défense, derrière l’Arche, puis Cergy-Pontoise. Arrêt dans la campagne où je leur ai montré Paris au loin…Arrivés à Mézy, ils ont été accueillis dans la maison du gardien, comme dans le film « L’inhumaine » de Marcel Lherbier dont Mallet-Stevens avait fait le décor. Un mannequin leur proposait de leur laver les mains, ils prenaient ensuite un petit chemin, voyaient la maison en contrebas. Le maître des lieux les attendait en haut de la maison qui était comme la proue d’un bateau. Un porte-voix annonçait chaque architecte. On a vu Rem Kolhsas partir en courant : j’ai été chargé de le retenir. En fait, il ne supportait pas le faste et tant d’exubérance. Je suis allé chercher Claude Parent qui l’a convaincu de rester ».

    Ensuite, ils ont visité la maison de Mallet-Stevens et sont partis dans la forêt pour voir le terrain et tirer au sort leur emplacement de maison. Une maquette était prête, dessinée par Claude Parent.

    La journée s’est terminée par un dîner somptueux avec des lions, des jongleurs…

    Des photos, un film super 8, une vidéo ont été réalisés. Où sont ces archives merveilleuses ?

    DSC_1120Tout est expliqué dans le livre « La Confrontation de Mézy ». Un exemplaire dédicacé à François Mitterrand se trouve aujourd’hui aux archives de la ville de Nevers. Où sont passés les autres exemplaires ?

    En fait ce projet s’est arrêté à la discussion des contrats. Il y a eu une production d’idées et des plans réalisés par le cabinet de Claude Parent, mais aucun architecte n’a produit. Frédéric Edelman exprime très bien cette « folie des grandeurs » dans un article du Monde le 21 avril 2012, à l’occasion d’une nouvelle mise en vente.

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