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    29 rue des Orteaux

    29 rue des Orteaux

    Ancienne ébénisterie, cet ensemble de 3 bâtiments de 3 étages sur cour, avec charpente bois verticale, remplissage de briques et baies vitrées, présente un exemple d’architecture typique du XIXe siècle devenue rare à Paris.

    Un collectif d’une vingtaine d’artistes –comédiens, peintres et plasticiens- occupait ces ateliers et se sentait menacé d’expulsion par les propriétaires qui en avaient hérité et souhaitaient vendre. Des marchands de biens avaient déjà visité…jusqu’au jour de juillet 1998 où Patrik Barret a été contacté par la comédienne Annette Mouret, parente d’une chef d’entreprise qu’il connaissait depuis la Confrontation de Mézy et l’avait recommandé : « C’est quelqu’un qui trouve toujours les bonnes solutions ».

    La situation était complexe. Le bâtiment A était inoccupé depuis 10 ans, le B était loué à « l’association des artistes locataires » avec un bail et paiement de loyers mensuels, tandis que le C était en contrat d’occupation avec paiement mensuel d’une indemnité.

    Les artistes n’étaient donc pas des squatters mais étaient en situation régulière d’occupation. Situation confirmée, pour le bâtiment B uniquement, pour une durée de 3 ans par un avocat spécialiste des baux et un expert immobilier agréé auprès des tribunaux.

    Rassuré sur le fait qu’il ne pouvait pas être expulsé, Gilbert Cossé, artiste peintre et président du collectif, a provoqué Patrik Barret en disant : Pourquoi n’achèterions-nous pas ? Ce dernier a alors proposé de les accompagner dans cette démarche.

    Une stratégie sur mesure

    Première action : il a fait réaliser un audit technique des bâtiments par le maître d’œuvre avec lequel il travaille habituellement. D’après lui, la structure (le clos et le couvert) était « bonne et pérenne ». Il a donc établi des devis pour remettre la toiture en bon état, refaire les fenêtres, la maçonnerie, le pavement du sol dans le passage jusqu’à la rue ainsi que l’arrivée des fluides (électricité, eau, téléphone, rejet d’eaux usées, eaux vannes…) à chacun des ateliers.

    Une fois tous les travaux évalués, Patrik Barret a proposé d’établir un compte d’exploitation prévisionnel afin que les artistes puissent se structurer en copropriété et vendre ces bâtiments en plusieurs lots.

    « Patrik Barret a été essentiel » confie Annette Mouret. « Il connaît tous les rouages, est animé d’une vraie sensibilité artistique et travaille avec avocat et notaire, compétents et honnêtes ».

    Après moult réflexions mêlées à diverses sensibilités et un certain idéalisme, seuls 10 artistes se sont sentis prêts à se lancer dans un processus d’acquisition. Il a donc été prévu de diviser les bâtiments en 16 lots et de coopter 6 artistes extérieurs au collectif.

    Le compte d’exploitation prévisionnel a pu être complété du prix de vente des lots de copropriété, les 6 nouveaux artistes acquéreurs achetant 25% plus cher que les 10 « anciens », afin de dégager une indemnité financière pour la résiliation à l’amiable du bail ou du contrat d’occupation des artistes non acquéreurs.

    Ainsi a pu être déterminé un prix potentiel d’achat aux propriétaires vendeurs.

    « Parallèlement, il fallait se battre contre les promoteurs qui lorgnaient ce lieu et faisaient des propositions mirobolantes aux propriétaires, gérer les relations entre les artistes, quelquefois faire les « nounous » car ils avaient peur, convaincre les banques… » se souvient Annette Mouret.

    Un parcours du combattant

    Première déception : le président, Gilbert Cossé, a lâché, avouant que « c’était trop dur, que les tensions humaines étaient trop fortes ». « Cela a été pour moi un choc très fort » avoue Patrik Barret.

    À ce moment là est arrivé Emmanuel Barcillon, un autre artiste peintre, plus jeune. « Elément très dynamique et très moteur dans le projet, complémentaire de Annette Mouret. Sans eux deux, je n’aurais pas réussi. Cela a été très long car il y avait des tensions terribles, depuis longtemps, un esprit collectiviste hérité des années 70. On se réunissait dans un bistrot, ils me racontaient leurs histoires que j’écoutais en silence et n’intervenais que pour répéter mon plan d’action.»

    Patrik Barret a constitué le dossier chez Maître Bégon, le notaire avec lequel il travaillait habituellement, qui a piloté toute la mise en copropriété.

    Connaissant le coût des travaux, chaque artiste a demandé à sa banque une « lettre de confort bancaire » en vue de l’achat de son atelier.

    Patrik Barret a ainsi déposé plus de 10 lettres chez le notaire qui a pu rédiger un courrier expliquant que plus de 10 artistes avaient obtenu les pré-financements pour acheter en une seule fois cet immeuble qui allait être mis en copropriété.

    « Il fallait prouver à l’avocat qui nous conseillait que nous avions le financement ». Avec notaire, avocat et établissements financiers, l’opération était fondée. Car jusque là, les propriétaires et certains artistes ne comprenaient pas comment des artistes pouvaient acheter un immeuble.

    Anecdote surréaliste : la propriétaire a téléphoné un jour au sculpteur Jean-Marie Fiori, le prenant pour un promoteur immobilier…

    En avril 2001, avec les 10 artistes, Patrik Barret a donc pu valider chez le notaire la constitution de la SVLA (Société de Valorisation des Locaux d’Artistes), une SARL au régime fiscal « marchand de biens » (ce qui est assez drôle pour des artistes !)

    La SVLA allait signer la promesse de vente pour acheter les bâtiments aux propriétaires et le jour même de l’acte, allait signer la revente aux 16 artistes acquéreurs.

    « Entre temps, il y avait eu une période hallucinante où les propriétaires ne nous croyaient pas. Avec Maître Bégon, Annette Mouret, la comédienne, Jean-Marie Fiori, le sculpteur, nous avons vu leur notaire près de Milly la Forêt, qui ne comprenait pas pourquoi nous voulions signer, vu l’opinion négative qu’ils avaient des artistes en général. »

    L’affaire était bloquée.

    C’est alors qu’en février 2001, l’un des artistes a suggéré d’écrire au maire du 20earrondissement. « Par moment le politique sert vraiment les concitoyens. Nous avons été reçus par un chef de cabinet, on a reparlé du notaire, de la banque et de l’avocat »  « Ravi que des artistes restent dans son arrondissement », le maire du 20e a validé moralement « ce projet tout à fait sérieux » et a proposé d’être médiateur.

    Rassurés, les propriétaires ont compris ce que disait « le docteur » (c’est ainsi qu’ils ont appelé Patrik Barret) et ont accepté de vendre. La promesse a été signée ce même 11 avril 2001.

    Nouveau contretemps : 2 ou 3 jours avant la date prévue de l’acte, Emmanuel Barcillon, devenu président du collectif d’artistes, presqu’au bord des larmes, informe Patrik Barret  que la banque, chargée du financement de plusieurs d’entre eux, n’avait toujours pas monté le dossier…

    « J’ai alors appelé la secrétaire du PDG de la banque, assurant que le projet allait capoter et qu’ils perdraient ainsi 12 clients. Ce n’est pas une menace mais une réalité, et je les poursuivrai en dommages et intérêts».

    Le lendemain, le directeur, qui avait dû travailler toute la nuit, accordait les 12 crédits. La SVLA a donc pu obtenir le prêt de quelques jours pour acheter et signer tout de suite les actes de vente « en état futur de rénovation » aux artistes acquéreurs.

    En 24h, la SVLA a acheté l’ensemble des bâtiments et en fin de journée avait déjà revendu au moins une dizaine d’ateliers.

    Anecdote troublante :

    « C’était le 11 septembre 2001. Nous étions en train de signer quand l’un des artistes m’appelle sur mon portable : Il faut tout arrêter. 2 avions viennent de se crasher dans les tours du WTC »

    Sont survenus ensuite des problèmes entre les artistes : certains ne voulant plus partir, les travaux ne pouvaient donc pas être lancés. Fin octobre 2001, le 16e et dernier atelier d’artiste est revendu. Les travaux pouvaient commencer.

    Mais un autre problème a surgi : lors d’une réunion, dans un café, où il fallait signer les marchés avec les différentes entreprises, un copain des artistes a jeté l’opprobre, dénonçant leurs prix trop élevés par rapport à la « débrouille » qu’il pratiquait habituellement.

    « Je me suis mis en colère. Nous devons respecter nos engagements vis-à-vis des banques et engager des entreprises qui paient leurs charges sociales et leurs assurances. Déstabiliser tout le projet est votre problème, pas le mien ».

    Emmanuel Barcillon, gérant de la société, a alors signé les devis sans rien dire…

    « Cela a été pour moi un acte assez impressionnant »

    Les travaux correspondant à la mise en copropriété ont été réalisés dans les parties communes et les 16 artistes ont effectué ensuite les aménagements dans leur atelier respectif. Les toitures ont été révisées, isolées, de beaux châssis en aluminium double vitrage renforcé ont été placés, les allèges en brique ont été renforcées. À la fin des travaux, la SARL a été dissoute et le collectif est devenu un syndicat de copropriétaires.

    « Sans la persévérance et le pragmatisme de Patrik Barret, nous n’aurions pas pu réussir cette aventure » confie Emmanuel Barcillon. Annette Mouret renchérit : « Malgré des moments de dégoût et de tristesse, j’y ai toujours cru, Patrik a été la charnière, le maillon central. » «  Le grand manitou dans cette affaire, sans ce spécialiste, ce n’aurait pas été possible » confirme Jean-Marie Fiori.

    Aujourd’hui ce lieu abrite un petit théâtre et une école de comédiens…

    Certains ont réalisé une opération immobilière : ils ont acheté à un prix défiant toute concurrence, ont rénové et ont revendu. Certains autres ont créé la désagréable surprise vis-à-vis des autres artistes en ayant acheté pour louer ensuite…

    « Tout cela est à l’image de la société ! En 3 ans et demi, on a sauvé un lieu et servi des artistes intéressants, tels que la comédienne Annette Mouret, le peintre Emmanuel Barcilon, le sculpteur Jean-Marie Fiori…C’est cela qui compte ! »

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